Les Secrets de la Chauve-Souris
 

 

 

 


 

 

 

                                                              

                                                                       

Récemment, un zoologiste de mes amis a plongé la main dans un

réfrigérateur et m’a tendu une petite chauve-souris brune.

Avec sa figure minuscule évoquant celle d’un renard, ses grandes

oreilles et ses ailes, semblables à une feuille de caoutchouc, en serrant son corps couvert de fourrure, la bestiole était fort peu séduisante.

 

Pourtant, quand cette petite créature commença a se dégeler dans

la chaleur de ma main, étendit ses ailes et bâilla de tout son cœur,

 je la trouvai curieusement attrayante, émouvante même                                              

                                    

Je compris pourquoi mon ami la caressait doucement avant de  la remettre  dans son dortoir glacial.

Sur les réfrigérateurs, dans maints laboratoires de recherches,  on peut voir aujourd’hui des écriteaux ainsi rédigés :

 « Attention ! chauves-souris endormies à l’intérieur.  Ne pas déranger. »

La chauve-souris recèle, en effet, nombre de secrets encore

impénétrés de la nature.

Résoudre ces mystères est devenu le but de chercheurs spécialisés dans  des domaines, allant des maladies de cœur et des troubles circulatoires  à la gynécologie.

En période d’activité, la chauve-souris est une bête à sang chaud,

 mais elle est à sang froid pendant l’hibernation. Elle est capable de passer à cet état plus rapidement et plus facilement que les autres mammifères, de sorte qu’un réfrigérateur lui convient parfaitement.

Sitôt qu’elle y est, sa température s’abaisse et elle s’endort ;

                                             

 les battements de son cœur de 180 à 3 par minute, sa respiration de 8 fois  par seconde à 8 fois par minute.

Quand elle à un peu d’embonpoint  -  ce qui est généralement le cas au  début de l’automne, à l’approche de l’hibernation  - elle peut vivre plusieurs mois « en glacière », sans nourriture, sans soins, le « moteur au ralenti », en attendant de servir aux examens de laboratoire.

Le nom de chauve-souris est tout à fait impropre ; ces mammifères volants ne sont, en fait, ni «  chauves », ni « souris » Le dessus de leur tête, comme toute la surface de leur corps, est recouvert de poils et, malgré certaines ressemblances superficielles, ils ne présentent aucune espèce de parenté avec les rongeurs.

Leur nom scientifique, « chiroptères », fait allusion à leur main dont le squelette constitue une partie essentielle de leur membrane alaire.                   

                                           

La chauve-souris évoque chez les gens l’idée d’obscurité, quelque chose de sinistre et de répugnant. Or ceux qui utilisent cet animal dans leurs recherches finissent par éprouver une véritable tendresse à son égard. Selon le Dr Ernest Walker, ancien directeur adjoint de Parc Zoologique national de Washington, les chauves-souris sont aussi propres que les chats, elles font leur toilette tous

 

les matins et après chaque repas. Ce sont  vraiment des bêtes uniques au monde.  « Uniques », c’est le mot qui surgit inévitablement dans la conversation quand on parle d’elles.

 

La chauve-souris vit extraordinairement longtemps, elle peut vivre quinze ans et davantage, ce qui explique l’intérêt qu’elle présente pour les généticiens et les spécialistes du cœur et de l’ artériosclérose.                           

 Les chauves-souris de nos régions s’accommodent durant toute leur vie d’un régime d’insectes gras. Hors d’Europe, existent des espèces à régimes variés : frugivore,  carnivore, piscivore ou  hématophage.

Les premières recherches effectuées donnent à penser qu’il n’existe aucune différence entre les parois artérielles d’un spécimen âgé de vingt ans et celles d’un autre âgé d’un an. Comment ces animaux font-ils pour vieillir sans subir de détérioration artérielle ? Voilà ce que la science  voudrait bien découvrir.

 

Non conformiste, cet étrange animal l’est jusque dans sa façon de se reproduire. Car le femelle est apparemment le seul mammifère capable de mettre en réserve la semence du mâle pour le jour où il lui conviendra d’en user. Nombre de chauves-souris s’accouplent en automne, avant l’hibernation, mais l’ovulation ne se produit finalement chez la femelle qu’au printemps  suivant, et c’est alors que la fécondation a lieu.

Endocrinologistes et gynécologues cherchent actuellement le secret de cette mise en réserve qui permettrait peut être de faire progresser les techniques d’insémination artificielle du bétail. Peut être aussi y trouverions-nous de nouvelles indications pour le traitement de la stérilité humaine.

Les bébés chauves-souris (d’ordinaire , un seul petit par femelle) naissent au début de l’été en « salles de maternité ».

Les mâles se cherchent des abris solitaires pendant que les femelles sont en gestations, et les colonies qui, en été, envahissent communément les greniers, les cloches et les recoins dans les combles des fermes, ne sont composés que de femelles.

Seul mammifère véritablement doté de la faculté de voler, la chauve-souris le fait grâce à la membrane alaire qui s’étend entre ses doigts. Bien qu’il lui soit impossible de rivaliser de vitesse avec les oiseaux les plus rapides, elle est supérieure à tous, même au martinet et à l’oiseau-mouche, en fait d’agilité.

Lancée à pleine vitesse, elle est capable d’accomplir un « virage » à angle droit sur une distance un peu inférieur à sa propre longueur. Elle peut porter, en vol, le double de son poids.

Des techniciens militaires ont étudié de près le « sonar » de cet animal.                                                  

Ce système de «  localisation de l’écho » lui sert à diriger son vol et à repérer les fuyants insectes dont elle se nourrit

 Elle émet des faisceaux d’ondes ultra-sonores qui lui reviennent en écho.

Les savants estiment que, toutes proportions gardées quant au poids et à la puissance, le sonar de la chauve-souris est un milliard de fois plus sensible que n’importe quel radar ou sonar fabriqué par l’homme.

Pour chasser les insectes en vol, la chauve-souris émet 200 ultra-sons à la seconde. On a toujours cru qu’elle attrapait ses proies avec la bouche, mais des photos récentes, sur un film extrêmement sensible, ont prouvé que, pour capturer les insectes en vol, certaines d’entre elles replient la membrane qui s’étend entre leurs pattes postérieures et qui forme alors une sorte de poche. Elles n’ont plus qu’à y puiser pour prendre leur proie qu’elles mangent en plein vol.                               

 

On en connaît quelque 1 300 espèce, qui peuples toutes les parties du monde, exception faite de l’Antarctique. En Europe, et singulièrement en France, la plupart des chauves-souris hibernent sans accomplir de migrations véritables. Elles se contentent souvent de changer d’habitat ; fréquentant certaines grottes en été,  elles se retirent à l’automne dans d’autres, parfois situées à 100 ou 150 kilomètres des premières, et où les attirent des conditions de température et d’humidité plus favorables. Le minioptère est dans ce cas, comme l’ont prouvé les multiples observateurs et baguages effectués par le centre spéléologique de Dijon. De nombreux rhinolophes hibernent dans les carrières souterraines des régions de plateaux calcaires, au nord de Paris.

Mais d’autres espèces sont sans doute plus nettement migratrices. C’est le cas de la noctule et du molosse.

 

                                                    

 

Des ornithologistes suisses , en observation au col de Brétolet, dans le Jura,en ont vu « passer » à l’automne, tout comme les oiseaux et se mêlant souvent à ceux-ci, notamment aux hirondelles. On ignore où vont ces chiroptère, mais il y a tout lieu de supposer qu’ils se dirigent vers les régions méditerranéennes.

Les chauves-souris qui hibernent constituent un nouveau mystère : on en voit quantité dans des grottes, des mines désaffectées ou des maisons abandonnées…, jamais en assez grand nombre toutefois pour justifier le taux de leur population estivale. Des centaines de millions de chauves-souris disparaissent pendant les mois d’hiver. Nul n’a jamais su où elle se cachent.

 

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